Navajo Festival of Arts and Culture, Flagstaff

Tout au long de l’année, de nombreux marchés d’art et d’artisanat sont organisés dans la réserve navajo et aux alentours. L’Intertribal Indian Ceremonial qui se tient chaque année en août à Gallup est un rassemblement de représentants politiques et artistiques des premières nations nord-américaines et mexicaines: c’est l’occasion de partir à la rencontre de nombreux peuples qui partagent avec le public danses, contes, chants et artisanat.

Si cet événement est immanquablement une opportunité d’avoir un premier contact avec la culture des tribus du sud-ouest, d’autres rendez-vous permettent de mieux appréhender l’évolution de l’artisanat de la région et de rencontrer des artistes contemporains navajo ou hopi.

Le Navajo Festival of Arts and Culture organisé chaque année (début août) par le Museum of Northern Arizona remonte à 1949 lorsque 15 trading-posts de la partie ouest de la réserve décidèrent d’envoyer dix de leurs meilleurs tapis au Museum of Northern Arizona qui organisait un concours afin d’attirer l’attention des Navajo sur le déclin des arts traditionnels.

Depuis plusieurs décennies, les tisseurs qui participent aux éditions successives du festival sont accompagnés de joaillers, de sculpteurs, de peintres, et d’artistes qui choisissent ou non de respecter la tradition, contribuant chacun, à leur manière, à revitaliser les arts navajo.

Chaque année, le festival navajo organisé par le Museum of Northern Arizona est vraiment l’occasion de découvrir toute la diversité de la création artisanale et artistique navajo contemporaine.

Ce musée abrite en outre une très belle collection d’artefacts des tribus du Sud-ouest et propose des expositions temporaires qui permettent de mettre en valeur de jeunes peintres, photographes ou sculpteurs.

Fondé en 1928 par le zoologiste Harold S. Colton et son épouse, la peintre Mary-Russell Ferrell Colton, le musée avait pour vocation de contribuer à la préservation des cultures du Plateau du Colorado. Ses collections n’ont cessé de s’agrandir pour abriter aujourd’hui plus de 600 000 artefacts. La Fine Art Collection comprend elle de nombreuses œuvres de Mary-Russell Ferrell Colton tout en faisant la part belle aux artistes Native Americans.

Mary-Russell Ferrell Colton, Edmund Nequatewa, 1942.© Museum of Northern Arizona.

Mary-Russell Ferrell Colton, Edmund Nequatewa, 1942.
© Museum of Northern Arizona.

Mary Russell-Ferrell Colton, Painted Desert, Oil on Canvas, c. 1920.

Mary Russell-Ferrell Colton, Painted Desert, Oil on Canvas, c. 1920.

Painted Desert, été 2011.© Nausica Zaballos.

Painted Desert, été 2011.

© Nausica Zaballos.

Quelle est l’influence de l’intérêt manifesté par les collectionneurs non-navajo pour les productions indigènes sur les artistes navajo ?

Depuis le début du siècle, c’est la demande exprimée par les acheteurs blancs qui a influencé l’art navajo, hopi ou zuni. Certains tisseurs ont abandonné les motifs traditionnels pour répondre à la soif de nouveauté des clients des trading-posts. D’autres ont, au contraire, freiné leurs élans créatifs pour continuer à offrir des bijoux, tapis ou poteries, reflétant l’idée que les blancs se faisaient de la tradition.

La première foire artisanale ouvrit en 1922 à Santa Fe qui perpétue encore aujourd’hui la tradition du grand marché indien mais, c’est en 1902 que la Santa Fe Railway et la Fred Harvey Company commencèrent à s’intéresser aux bénéfices que pourraient engendrer le développement du commerce de l’artisanat indien.

Les colons ou traders anglo prirent en main la commercialisation des artefacts produits jusqu’alors de manière isolée dans la région. En fonction des demandes des clients (riches familles de l’est, intellectuels ou collectionneurs demeurant dans le sud-ouest), ils exigèrent des tisseurs ou sculpteurs navajo de modifier leur manière de travailler le tissu ou l’argile pour mieux correspondre aux goûts des acheteurs. Herman Schweitzer, l’un des responsables de la Fred Harvey Company, s’exaspérait des motifs traditionnels utilisés par les Navajo et écrivait à Hubbel, célèbre trader en 1908:

« Au fait, pourrais-tu leur dire d’utiliser davantage de laine marron dans la fabrication de leurs couvertures? Les gens commencent à en avoir marre des motifs gris et blancs! Ils doivent toujours se renouveller sinon les ventes s’effondrent. Il faut trouver quelque chose de nouveau pour continuer à susciter de l’intérêt. Sinon, les gens n’achèteront plus de couvertures navajo. C’est intéressant pour vous et pour nous. »

SULLIVAN Martin and PARDUE Diana, “Introducing America to Americans,” Native Peoples, Fall/ Winter 1995, 58-64, page 60.

La mise en place d’une production plus importante permettant de répondre à la demande des acheteurs affecta également le caractère sacré de certaines activités permettant de créer des artefacts dits artisanaux. En effet, en concevant un panier ou une tapisserie, l’artisan navajo ne se contente pas de réaliser un simple souvenir prêt à être vendu. Les aspects mercantiles et même artistiques du processus de création n’arrivent souvent qu’en dernière position dans l’esprit du concepteur qui, en reproduisant des gestes immémoriaux, se remet dans les pas des Yei qui ont légués les techniques de fabrication au Navajo. Bien que la plupart des paniers ou paniers commercialisés ne soient plus utilisés à des fins ritualistiques, certaines règles continuent d’être observées par les artisans-tisseurs:

  • inclure une cassure dans le maillage, en bordure, afin que le tisserand ne soit pas piégé dans sa propre création
  • les fils doivent toujours être lâches pour donner une impression de continuité…

BENALLY Herbert J., “Navajo Philosophy of Learning and Pedagogy”, Journal of Navajo Education, Fall 1994, 27.

Femme-Araignée occupe une place proéminente dans la mythologie navajo, elle est celle qui permet d’entrer en contact avec le Père Ciel et la Terre Mère.

Canyon de Chelly avec Spider Rock, demeure de Spider Woman.© Nausica Zaballos.

Canyon de Chelly avec Spider Rock, demeure de Spider Woman.
© Nausica Zaballos.

« Spider Woman instructed the Navajo women how to weave on a loom which Spider Man told them how to make. The crosspoles were made of sky and earth cords, the warp sticks of sun rays, the healds of rock crystal and sheet lightning. The batten was a sun halo, white shell made the comb. There were four spindles: one a stick of zigzag lightning with a whorl of cannel coal; one a stick of flash lightning with a whorl of turquoise; a third had a stick of sheet lightning with a whorl of abalone; a rain streamer formed the stick of the fourth spindle, and its whorl was white shell. »

  • Epigraph to Spider Woman: A Story of Navajo Weavers and Chanters, by Gladys A.     Reichard, first published 1934, republished by Rio Grande Press, Inc., Glorieta, NM, 1968.

Selon la coutume, les mères navajo devaient, à la naissance de leurs filles, trouver une toile d’araîgnée et la frotter contre le bras et la main de l’enfant afin que celle-ci ne se lasse jamais de tisser. (Times, « Art: the Spider Women », 11 septembre 1972).

L’art de tisser ne s’est pas perdu au sein de la tribu navajo. De jeunes artistes veillent également à respecter les instructions rituelles. Cependant, participer à des concours organisés dans le cadre de festivals implique de se soumettre à une démarche compétitive qui s’accorde mal avec l’humilité, principale vertue avec la mesure, prônée par les Navajo. Vernon Haskie, joailler, a remporté plusieurs prix dans de nombreux marchés et festivals. Il expliquait en 2001 qu’il cachait toujours les médailles qu’il avait reçues « sous une couverture afin de ne pas humilier les autres artistes présents. »

  • Gibson Daniel, “Vernon Haskie: From Lukachukai with Love,” Natives Peoples, August 2001, 48-50.
1880-1890: Modified Chief's style Blanket, Museum of Northern Arizona, été 2011.© Nausica Zaballos.

1880-1890: Modified Chief’s style Blanket, Museum of Northern Arizona, été 2011.
© Nausica Zaballos.

Tapisserie motif Tree of Life, en vente à la Cameron Trading Post, Cameron, été 2011. © Nausica Zaballos.

Tapisserie motif Tree of Life, en vente à la Cameron Trading Post, Cameron, été 2011. © Nausica Zaballos.

Bijoux en turquoise et corail d'inspiration moderne, boucles d'oreille perles Père Noel !© Nausica Zaballos.

Bijoux en turquoise et corail d’inspiration moderne, boucles d’oreille perles Père Noël !
© Nausica Zaballos.

Pendant les deux jours du festival, le visiteur a l’opportunité de rencontrer de nombreux artistes mais aussi d’assister à des conférences sur des thèmes variés. L’édition 2011, très riche, nous proposait de partir à la rencontre des Code Talkers, vétérans navajo de la seconde guerre mondiale, à travers une exposition photographique de Kenji Kawano et une rencontre avec Zonnie Gorman, fille de Carl Gorman, illustre code talker, et demi-sœur de R.C. Gorman, célèbre peintre navajo.

R.C. Gorman, en compagnie de deux acheteurs bilagaana.

R.C. Gorman, en compagnie de deux acheteurs bilagaana.

Code Talker photographié par Kenji Kawano.© Nausica Zaballos.

Code Talker photographié par Kenji Kawano.
© Nausica Zaballos.

Une ballade au fond d’un -petit!- canyon (un wash en réalité) en compagnie de Theresa Boone Schuler, ethnobotaniste, nous permit de mieux apprécier la diversité des usages des plantes originaires de la réserve...

Theresa Boone Schuler.© Nausica Zaballos.

Theresa Boone Schuler.
© Nausica Zaballos.

Enfin, les danseurs du groupe Pollen Trail, partagèrent leur interprétation artistique des principaux mythes navajo…

Pollen Trail Dancers

Pollen Trail Dancers

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A. Brent Chase, maître de cérémonie de l'Intertribal Indian Ceremonial de Gallup en 2011.Ici, à Flagstaff, 6 août 2011.

A. Brent Chase, maître de cérémonie de l’Intertribal Indian Ceremonial de Gallup en 2011.
Ici, à Flagstaff, 6 août 2011.

http://www.musnaz.org/hp/navajo_fest.shtml

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