Femmes navajos : sélection vidéos spécial 8 mars !

A l’occasion de la journée de lutte pour les droits des femmes, voici une petite sélection de vidéos qui témoignent de la force et de l’ingéniosité des femmes navajos, à tout âge de la vie.

Dans la première vidéo, partez à la rencontre d’une jeune Miss Navajo et d’aspirantes au titre. Ouh là là, j’imagine déjà le lever de bouclier de certaines et certains pour qui ce type de concours avilit plus qu’il n’enrichit la femme, l’enfermant dans des rôles domestiques stéréotypés. Ce petit documentaire de 15 minutes conçu avec la complicité de l’office des Parcs Nationaux US (les Navajos administrent entièrement le parc national du Canyon de Chelly où se trouve le rocher de la Femme Araignée) est intéressant à plus d’un titre :

  • il présente une vie hors-norme – en tout cas selon nos critères d’occidentaux industrialisés – au plus près de la Nature et de la Terre Mère Nourricière : où l’on constate au fil des somptueuses images et de l’analyse incroyablement mature du quotidien faite par la petite Miss Navajo que travailler la terre, souvent considéré comme un labeur peu gratifiant, peut rendre heureux.
  • Il insiste sur le rôle à jouer par les Pères dans l’éducation des filles (le père de la petite Miss regrette avoir passé plusieurs années éloigné de son foyer pour son travail et s’échine à rattraper le temps perdu) et renverse ainsi les traditionnels rôles genrés.
  • Il montre que le beauty contest est conçu comme une manière d’affirmer la spécificité de la culture et de la langue navajo avec des épreuves de chants en navajo.

La deuxième vidéo met à l’honneur les tisserandes navajos qui s’inscrivent dans la filiation de Femme Araignée, considérée comme la première tisseuse. Au cœur du Canyon de Chelly, elles transmettent leur art et savoir-faire à des membres de la tribu mais aussi à d’autres femmes, de toutes origines, désireuses de parfaire leur pratique du métier à tisser en s’ouvrant à d’autres horizons. Le documentaire revient aussi sur le dynamisme des artistes amérindiens contemporains : « We are not surviving, we are thriving! »

On est touché par la modestie de ces femmes, par leur force tranquille à rebours d’un certain féminisme à la française, nauséabond, qui consiste à adopter les postures masculines qu’elles dénoncent pourtant et à user de la force – en paroles et en actes – en méprisant toute femme qui suivrait son propre chemin, surtout lorsque celui-ci se construit, de manière heureuse, à rebours des marqueurs de réussite professionnelle. Dans cette communauté d’enseignantes représentée à l’écran, ce qui compte c’est la transmission du savoir, sous toutes ces formes, non pour les honneurs ou l’autorité que la position d’enseignant peut procurer, mais pour le bonheur fécond et durable que le don désintéressé représente.

Un don qui se conjugue aussi au masculin avec la nouvelle génération : de plus en plus de jeunes navajos comme Michael Teller Ornelas qui exerce le métier de programmateur informatique,se mettent à tisser. A découvrir toujours en vidéo avec ce film issu des fonds de l’Arizona State Museum.

La réputation de Lori Arviso Alvord, première chirurgienne navajo, a largement dépassé les frontières de la réserve et des États-Unis. J’ai abondamment cité dans ma thèse son livre autobiographique The Scalpel and the Silver Bear qui détaille son cheminement à la fois intellectuel et humain au cours de ses années de médecine pour concilier les aspects scientifiques de sa pratique médicale avec la spiritualité navajo.La vidéo suivante est la conférence qu’elle donna au Simon Ortiz and Labriola Center.

Elle y détaille, en anglais bien évidemment, les différents concepts étiologiques et curatifs navajos et insiste sur les vertus thérapeutiques des chants sacrés navajos et du régime alimentaire traditionnel (pauvre en sucres et en graisses). Cette présentation rassemble plusieurs arguments de poids pour une prise en charge holiste du patient.

La dernière vidéo est un concert donné le 4 mars 2017 au National Museum of American Indian  par Radmilla Cody, chanteuse nominée aux Emmy Awards, première Miss Afro-navajo, activiste contre la violence domestique. Radmilla a vécu une vie assez mouvementée (elle était la compagne d’un homme violent qui a été incarcéré pour trafic de drogue) mais malgré les controverses qu’elle a suscitées, elle est aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes artistes contemporaines Diné.

Image à la une : Juanita, or Asdzáá Tł’ógi (Diné [Navajo]), the wife of the Navajo leader Manuelito, 1874. Washington, D.C. Photo by Charles M. Bell. National Museum of the American Indian P02723.

 

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