Un an après sa première édition, la deuxième marche pour un Printemps Bruyant a eu lieu ce samedi 4 avril à Paris. Plus 140 organisations et personnalités politiques s’étaient jointes à l’appel à manifester pour la protection des espèces animales et la défense de modes de consommation et de production durables et sains.
Cet événement festif et citoyen a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Militant.es écologistes, membres d’associations de défense du vivant, collectifs contre les pesticides et les polluants éternels, défenseurs de l’agriculture biologique et des circuits courts s’étaient donné.es rendez-vous au métro Grands Boulevards, dans une zone à la fois touristique et commerciale. Iels ont défilé jusqu’à la Porte de Clichy, afin de rallier le Palais de Justice de Paris, pour alerter sur la nécessité de traduire en justice les firmes qui empoisonnent les consommateurs en polluant et en détruisant le vivant.
Dans les cortèges, plusieurs organisations non gouvernementales pour la protection de la nature étaient présentes, leurs banderoles bien visibles. On peut ainsi citer la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) avec ses antennes régionales (Ile de France notamment) ou le Fonds Mondial pour la Nature France (WWF France)… Cette année, d’autres collectifs s’étaient joints à la marche tels que Cancer Colère afin de tirer la sonnette d’alarme quant aux causes environnementales de certaines pathologies. D’après Cancer Colère et sa fondatrice Fleur Breteau [1], le nombre de malades du cancer a doublé en France depuis 1990, sans que le modèle agro-industriel ne soit remis en cause.
En France, deux millions de citoyens ont signé la pétition contre la première mouture de la loi Duplomb, qui réautorisait les néonicotinoïdes, pesticides dangereux pour le système nerveux. Devant la mobilisation, le Conseil Constitutionnel a censuré cet article. Néanmoins, le gouvernement, avec le prétexte de lever certaines contraintes pour augmenter la rentabilité des agriculteurs, envisage désormais, sous la pression du sénateur Laurent Duplomb qui propose une loi Duplomb 2, la réintroduction de l’acétamipride, un insecticide écotoxique. [2]
Les conséquences sur notre santé et celle des différentes espèces animales et végétales ne peuvent être ignorées. Les oiseaux disparaissent de nos campagnes et alpages. [3]
A terme, nous ne les entendront plus nulle part. D’après la LPO, « les populations d’oiseaux déclinent, en particulier chez les oiseaux spécialistes des milieux agricoles : – 32.5 % entre 2001 et 2024 (…) Le pipit farlouse a perdu 80% de sa population depuis les années 1980. La perdrix grise inféodée aux milieux agricoles a perdu 90% de ses populations en 40 ans. » [4]
Pollinis, association présente à la manifestation, milite « pour l’interdiction totale des pesticides néonicotinoïdes, particulièrement toxiques pour les abeilles, et pour la révision des procédures d’évaluation des pesticides au niveau européen. » Grâce au travail de science participative de ses militant.es, la liste rouge européenne des espèces menacées (mammifères, amphibiens, reptiles, poissons, abeilles et papillons) a été réévaluée pour la première fois depuis les années 2010. Une centaine de nouvelles espèces d’abeilles entrent dans la liste rouge. Sur les 1 928 espèces évaluées, 10 % sont en danger d’extinction. Quant aux papillons, on atteint les 15%. [5]
Nos modes de vie, souvent urbains et stressés, nous tiennent à l’écart du vivant. Qui peut se permettre quelques heures de pause en semaine pour se promener dans un parc ou une forêt ? Dans nos emplois du temps, parfois chronophages et éreintants, les rares moments libres sont dévolus aux courses ou à la gestion de l’intendance domestique. Il devient de plus en plus compliqué d’être à l’écoute de ces espèces animales, petites et furtives, qui sont de toute façon rendues silencieuses par le bruit des voitures, des chantiers, des usines, et des routes…
Le 4 avril à Paris, les manifestant.es ont diffusé des cris d’animaux, des chants d’oiseaux et des stridulations d’insectes pour dénoncer cette extinction silencieuse. Partout en France, à l’initiative de la LPO qui avait créé une playlist spéciale, les citoyen.nes étaient appelé.es à faire du bruit, à alerter leurs voisin.es et élu.es, en diffusant les chants d’oiseaux enregistrés.
L’initiative du Printemps Bruyant s’inscrit dans la continuité des luttes menées par Rachel Carson, scientifique nord-américaine écologiste et féministe qui la première, avec son livre Printemps silencieux, publié en 1962, avait alerté sur le rôle des pesticides dans la disparition des espèces et la détérioration de notre santé.
« Miel ou poison, choisissons », « Manger 5 pesticides par jour, cancer garanti » pouvait-on lire sur certaines pancartes. Les épandages massifs de produits agricoles chimiques (fertilisants, insecticides…) qui se retrouvent dans nos terres, sols, rivières, lacs et mers et, in fine dans nos assiettes, ne se contentent pas de produire des cancers comme le prouve la récente étude publiée dans la prestigieuse revue scientifique Nature.[6] Ils contribuent aussi à l’augmentation des dérèglements endocriniens et maladies auto-immunes, plus fréquentes et souvent plus sévères chez les femmes. La lutte pour la protection du vivant et le droit à une alimentation saine et choisie est intersectionnelle : les femmes et les populations racisées sont les premières à être victimes de l’industrie agroalimentaire.
Dans le cortège, on dénombrait ainsi des militant.es de la Confédération Paysanne mais aussi des membres du Collectif des ouvriers et ouvrières agricoles antillais·es (Coaadep). Dès 1968, un rapport alerte sur la potentielle dangerosité du chlordécone, un pesticide utilisé pour lutter contre le charançon, un coléoptère présent dans les bananiers. La France métropolitaine l’interdit en 1990 mais il continue d’être déversé dans les cultures de bananes en Martinique et en Guadeloupe jusqu’en 1993. Face au scandale sanitaire, l’état reconnaît trois maladies pour les ancien·nes ouvrier·es exposé·es au chlordécone : le cancer de la prostate, les lymphomes non hodgkiniens et la maladie de Parkinson. Mais les ex-ouvrières antillaises continuent de se battre car les conséquences du chlordécone sur la santé des travailleuses femmes ne sont pas reconnues par l’état français. Or, la plupart souffrent d’endométriose, ont connu des accouchements prématurés ou sont désormais atteintes d’un cancer de l’utérus.

Militant.es du Collectif des ouvriers et ouvrières agricoles antillais·es. On voit les effigies des hommes et femmes politiques qui ont laissé faire (Jacques Chirac, Edith Cresson…) Photo : Nausica Zaballos
La défense de l’environnement et l’interdiction des substances chimiques dans l’agriculture est l’affaire de toutes. Face au silence des états complices, osons faire entendre nos voix afin de dénoncer les mensonges d’une économie patriarcale et défendre notre Terre Mère.
[2] Jeanne Cassard. « Laurent Duplomb tente d’imposer sa loi au mépris des faits. » Reporterre, 4 avril 2026.
https://reporterre.net/Loi-Duplomb-2-la-demarche-malhonnete-du-senateur-pour-imposer-son-texte
[3] Stanislas Rigal, Vasilis Dakos, Hany Alonso, Vincent Devictor. “Farmland practices are driving bird population decline across Europe.” PNAS, volume 120, n°21, 15 mai 2023.
Lire en ligne : https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2216573120
[4] « Oiseaux agricoles : le signal d’alarme ! » Publication LPO, 18 février 2026.
[5] « Chaque espèce qui disparaît, c’est une partie du patrimoine qui s’efface » Pollinis, 20 octobre 2025. https://www.pollinis.org/publications/en-europe-10-des-abeilles-sauvages-menacees-d-extinction/
[6] « Pesticides et cancer : une étude révèle les mécanismes d’un risque environnemental et sanitaire. » Communiqué de presse de l’Institut Pasteur. Paru le 1ier avril 2026.https://www.pasteur.fr/fr/espace-presse/documents-presse/pesticides-cancer-etude-revele-mecanismes-risque-environnemental-sanitaire








