Non contents d’être malmenés par les phénomènes de concentration – qu’ils avaient dénoncé dans leur recueil Déborder Bolloré – plus de 200 éditeurs dits indépendants se retrouvent cet été en grande difficulté après l’annonce par leur distributeur Makassar d’énormes pertes.
A tel point que le Syndicat de l’Édition Alternative et la Fédération des Éditions Indépendantes (FEDEI) envisagent d’alerter le gouvernement via différentes instances, le Ministère de la Culture, le Centre national du Livre ou encore à la Société Française des Intérêts des Auteurs de l’écrit (Sofia).
Certaines maisons d’édition ont déjà changé de distributeur, la plupart d’entre elles sont passées chez Dod et cie mais les pertes s’avèrent énormes (près de la moitié du chiffre d’affaires avec des impayés allant jusqu’à 100 000 euros) et les dettes vont continuer à s’accroître, le temps que les stocks de livres soient réacheminés vers les librairies partenaires.
Cette crise n’est pas liée à une supposée désaffection du public pour l’édition indépendante. Au contraire, plusieurs maisons d’éditions engagées, militantes, à gauche, développant des lignes éditoriales très pointues dans le domaine des imaginaires, de la SF notamment, ou de l’essai politique, ont enregistré ces deux dernières années des chiffres de vente records, preuve que de nombreux lecteurs ont envie de découvrir de nouvelles manières de penser, de concevoir le monde en s’éloignant des bouquins mis en avant en tête de gondole ou dans les Relay H.
Non, le problème est que l’argent des livres vendus en librairie n’a pas été reversé par le distributeur aux éditeurs.
C’est pourquoi la plupart de ces maisons encouragent celles et ceux qui voudraient les soutenir cet été à acheter leurs livres directement sur leur site, sans passer par les librairies ou bien à demander aux libraires de leur commander directement, sans passer par Makassar.
Le 3 juillet, ces maisons dans la tourmente ont publié une tribune intitulée : « Il faut sauver les indés » sur mediapart et leurs sites respectifs.
Certains commentateurs sur le net ont critiqué cette stratégie mais contrairement à ce qui a pu être écrit/lu ici et là, essentiellement sur les réseaux sociaux, ce n’est pas pour contourner les libraires mais bien pour renflouer leurs trésoreries, le temps que l’argent des livres vendus en librairie leur soit enfin versé !
Votre scribe avait plusieurs projets en cours, et cette nouvelle n’est pas la meilleure façon de commencer l’été, mais au-delà des ambitions personnelles (dont on se remet, car ce n’est pas la première fois que je suis confrontée à la « potentielle » ou réelle faillite d’un éditeur), ce serait une catastrophe pour la richesse éditoriale (et la liberté d’expression) en France si ces maisons n’arrivaient pas à passer l’été.
Je suis très fan de Goater (forcément), de lundimatin (c’est grâce à eux que j’ai découvert les écrits d’Alex Ratcharge, par ailleurs édité chez Tusitala), de Blast pour ses écrits intimistes sur l’exil, la différence, Nada pour sa pensée critique en histoire sociale… Il m’est impossible de citer toutes ses maisons, je me contenterai de copier-coller un extrait de leur tribune :
Malgré un marché du livre en recul, l’édition critique, engagée et indépendante résiste et progresse ces dernières années. Des lecteurs et des lectrices de plus en plus nombreux et nombreuses pensent, lisent, se mobilisent et rêvent d’autres futurs.
Nous sommes des dizaines de maisons d’édition à mener chaque jour la bataille culturelle et sociale sur le front éditorial. Par nos essais, nos romans, nos BD, nos revues, nos albums jeunesse, nous cherchons à bousculer les réflexes de pensée dominants et à maintenir ouverts des horizons libérés de l’emprise des forces réactionnaires. Aujourd’hui, nous faisons face au risque de faillite de notre distributeur, Makassar.
Au-delà de notre survie, c’est toute la chaîne du livre indépendant qui est en jeu et les milliers de personnes qu’elle fait vivre : éditeurs et éditrices, auteurs et autrices, traducteurs et traductrices, graphistes, correcteurs et correctrices, imprimeurs et imprimeuses, diffuseurs et diffuseuses et travailleurs et travailleuses de la distribution, dont le travail ne pourra pas être rémunéré.
Prenez le temps de feuilleter leur catalogue. Et si certaines lignes éditoriales vous semblent trop hardcore de prime abord, ne craignez rien. Si l’édition indépendante est souvent engagée, son mot clef est la diversité et la richesse. Ces éditeurs prennent des risques pour dénicher des pépites, de nouveaux récits, ou des textes oubliés mais géniaux. Si vous aimez la SF, foncez chez l’Oeil d’Or.
Chez Goater, il y a aussi la collection Rechute, inspirée de la collection Chute Libre des années 1970, pour son esthétique et ses textes modernes et transgressifs.
Goater a ainsi publié la traduction d’un ouvrage de Meg Elison, le livre de la sage-femme sans nom, qui a reçu le prix Philip-K.-Dick en 2015. La collection accueille aussi des romans et nouvelles de Thomas Geha
Jean-Marie Goater a aussi réédité Hélier, fils des bois ,chef d’oeuvre de Marie Le Franc, par ailleurs récipiendaire du prix Femina en 1927. Ce livre est l’un des premiers romans abordant la forêt du nord anticipant le Nature writing et des récits plus contemporains comme « Encabané » de Gabrielle Filteau-Chiba.
Enfin, dans les nouveautés chez Goater, l’ouvrage de Fleur Hopkins Loféron, consacré à la Dark Romance dont on ne compte plus les recensions (chez Diacritick , ActuSf, Les Inrockuptibles...)
Un best-seller ! Cela serait dommage que des maisons qui fonctionnent et qui chaque jour attirent plus de lecteurs mettent la clef sous la porte…
Voir aussi :
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La défaillance du distributeur-diffuseur Makassar, une “vraie crise” pour l’édition indépendante, Antoine Oury, ActuaLitté, 6 juillet 2026.
- Un distributeur au bord de la faillite, 200 maisons d’édition indépendantes en difficulté. Actu SF, Jérôme Vincent, 5 juillet.
- Il faut sauver les indés. Médiapart, 3 juillet 2026.






