Pop Chalee : artiste peintre muraliste Pueblo (1906 – 1993)

Pleins feux sur une artiste originaire de Taos Pueblo, j’ai nommé Pop Chalee.

Pop Chalee est née Merina Lujan en 1906 à Castle Gate en Utah.

Pop Chalee, Merina Lujan Hopkins (Pop Chalee) Collection IAIAMS026, Institute of American Indian Arts

Vous n’avez peut-être jamais entendu parler d’elle… Mais, si vous vous êtes rendus dans les parcs nationaux du sud-ouest américain, vous avez certainement transité par l’aéroport d’Albuquerque au Nouveau-Mexique. Or Pop Chalee avait réalisé plusieurs fresques pour le « Sunport » : elles peuvent encore être admirées aujourd’hui.

Son père était né à Taos Pueblo, sa mère était suisse. Enfant, elle est scolarisée, comme tant d’autres gamins autochtones du coin, au Santa Fe Indian School, à Santa Fe (Nouveau-Mexique).

Ses parents étant séparés, sa mère l’invite à la rejoindre en Utah, le territoire des Mormons. La foi, très stricte, de sa mère pousse Merina Lujan (surnommée Pop Chalee, Fleur bleue, par sa grand-mère paternelle) à s’émanciper assez rapidement. Elle quitte le domicile familial à 16 ans. 4 ans plus tard, elle est déjà mère de deux enfants, issus d’un premier mariage avec Otis Hopkins, un artisan mormon qui travaillait le bois et le métal.

La carrière artistique de Pop Chalee démarre assez tardivement. Elle doit faire face à deux obstacles de taille : l’absence de femmes autochtones dans le milieu artistique de l’époque et surtout son manque de formation initiale. Sur le conseil de Mabel Dodge Luhan, elle décide de reprendre des études et retourne en 1935 à l’Indian School de Santa Fe où elle étudie l’art sous la houlette de Dorothy Dunn qui eut aussi d’autres artistes autochtones comme élèves, par exemple, Allan Houser et Andy Tsinajinnie dont je vous ai déjà parlé sur ce site à propos des illustrations qu’il fit pour l’ouvrage Navajo History publié par le Navajo Curriculum Center Rough Rock Demonstration School en 1971.

Femme Araignée offre aux Jumeaux Tueurs de Monstre des plumes magiques, illustration d’Andy Tsihnahjinnie parue dans Navajo History, édité par Ethelou Yazzie, Navajo Curriculum Center Rough Rock Demonstration School, 1971, page 55.

Andy Tsihnahjinnie, Navajo Women, 1934, oil on fiberboard: masonite, 47 x 95 5⁄8 in. (119.4 x 242.8 cm.), Smithsonian American Art Museum, Transfer from the General Services Administration, 1974.28.44

A la fin de sa première année d’étude, Pop Chalee est employée par le Laboratoire d’anthropologie auprès de Kenneth Chapman. Elle découvre et documente les designs Pueblo de la vaste collection de poteries de l’université. Mais ses motifs préférés sont des scènes champêtres où l’on voit des animaux de la forêt folâtrer et gambader. Ses œuvres, très colorées, sont également caractérisées par le flat-style, souvent enseigné à la Santa Fe Indian School.

Pop Chalee avec un enseignant, probablement Oscar Berninghaus, l’un des fondateurs de la Taos Society of Artists, vers 1935.
IAIAMS026/07.01-#02. Merina Lujan Hopkins (Pop Chalee) Collection. Institute of American Indian Art Collection.

Les danses Pueblo sont une autre source d’inspiration. Elle confiera à sa biographe, Margaret Cesa : “The rhythm the Indian has I just go out of this world with it (…) Your heart is beating with them, with the rhythm of their bodies, and they’re dancing with the rhythm of their bodies—oh, and the song. The Indian song has to be there too. Brings out that beautiful rhythm in the body. To me there’s nothing prettier than an Indian dancer.”

Danseur de Yeibichei, Pop Chalee, 1945, aéroport d’Albuquerque

Peindre les costumes des danseurs, très ornés et colorés, offre la possibilité à l’artiste d’exprimer son amour pour les couleurs vibrantes. Chalee n’hésite pas à transcender les règles de la représentation réaliste et peint des chevaux turquoise, rouge ou violet. Comme d’autres Native Americans, elle consomme du peyote et elle confiera à Margaret Cesa :

“You know, eating peyote made you see colors in their pure, pure form. Beautiful clean colors. That’s where I get a lot of my colors…. You really saw beauty with peyote.”

Très à la mode au début des années 1940, elle ne fait pourtant pas partie des artistes Native choisis pour réaliser les fresques du Department of Interior à Washington : ce sont tous des hommes.

Qu’à cela ne tienne, Pop Chalee fréquente le tout Hollywood : Walt Disney lui achète des toiles et il se murmure que son film Bambi (sorti en 1942) doit beaucoup aux paysages champêtres de la peintre. Pour voir les similitudes entre les animaux de Bambi et ceux de Pop Chalee, cliquez sur le lien précédent.

Forest Scene, Pop Chalee (Merina Lujan), vers 1950, Tempera sur papier, Dimensions : 50.2 x 65 cm, Accession Number : 02.527, Gilcrease Museum.

Pop Chalee, femme pleine de ressources, a eu de multiples vies. Son premier mari est employé au sein du Manhattan Project, et Pop Chalee le suit jusqu’à Los Alamos où elle devient l’intendante d’un dortoir de jeunes soldats et scientifiques. Là-bas, elle fréquente Oppenheimer, et Einstein.

Le magnat Howard Hughes lui propose une offre qu’elle ne peut refuser, et la voilà repartie pour Santa Fe et Albuquerque. Le producteur de cinéma est à l’origine de la commande des fresques pour l’aéroport d’Albuquerque.

Après la seconde guerre mondiale, elle entame une seconde carrière : elle chante aux côtés de son nouveau mari, l’artiste navajo Ed Lee (Edward Lee Natay), signé chez Canyon Records. Pop Chalee maintint de solides liens avec Hollywood et participa en 1950, à la promotion du film de la MGM, Annie Get Your Gun , film qui fait aujourd’hui polémique pour sa représentation des tribus.

Sources :

  • Bernstein, Bruce, and W. Jackson Rushing. Modern by Tradition: American Indian Painting in the Studio Style. Santa Fe: Museum of New Mexico Press, 1995.
  • Cesa, Margaret. The World of Flower Blue: Pop Chalee : An Artistic Biography. ‎ Museum of New Mexico Press (Red Crane Books), 2008.
  • Dunn, Dorothy. American Indian Painting of the Southwest and Plains Areas. Albuquerque: University of New Mexico Press, 1968.

 

 

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