Je viens de lire qu’un grand colloque se tiendra sur les ovnis à l’Assemblée Nationale le 29 juin prochain.
Compte tenu de la dimension insolite du lieu d’accueil, les médias se sont empressés de relayer l’info cette semaine.
Les députés Arnaud Saint-Martin (LFI) et Pierre Henriet (Horizons) sont à l’initiative de cette rencontre qui réunira des experts en aéronautique, des militaires, des sociologues comme Pierre Lagrange, et bien sûr les enquêteurs du Geipan (Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés) que la série OVNI(S) avec Melvil Poupaud a fait connaître au grand public il y a quelques années. A noter, Arnaud Saint-Martin fut le créateur du carnet de recherches Zilsel.
Tout ça me ramène plusieurs décennies en arrière, au mois de juin 1996.
Alors que mes camarades révisaient comme des forcenés pour les épreuves du BAC, j’osais contacter un jeune journaliste aux merveilleux yeux bleus : Nicolas Maillard.
C’étaient les années X-Files, dans mon lycée privé dirigé par les Jésuites, nous n’étions qu’un petit groupe de geeks à regarder les épisodes et à en parler, presque à mots couverts, dans la cour de récré.
Mais l’engouement pour Mulder et Scully (les célèbres enquêteurs de la série TV) avait contribué à relancer la mode des ovnis.
Gildas Bourdais était l’invité de Dechavanne et Nicolas Maillard enquêtait sur l’affaire Roswell pour Jacques Pradel.
Nicolas était une figure incontournable du milieu ufologique, même s’il se passionnait pour d’autres sujets, notamment la parapsychologie à laquelle il redonna un second souffle en réorganisant les archives de l’IMI (l’Institut Métapsychique International)
C’est après l’avoir écouté lors d’une conférence ufologique organisée dans le salon d’un hôtel près de la gare Montparnasse que je me décidais à le rencontrer. J’y assistais en tant que sceptique, position que j’ai toujours conservée.
Les débats enfiévrés s’enchaînaient, je me rappelle particulièrement d’une intervention véhémente de Gildas Bourdais, partisan de l’hypothèse extraterrestre. Au milieu de passionnés qui m’apparaissaient aveuglés par leur désir de croire se détachait Nicolas.
Parlant d’une voix posée, sans violence, il exposait des faits, des arguments, dates et lieux vérifiables, relayant différents points de vue.
Journaliste scientifique de formation, il avait fait un énorme travail d’enquête et de documentation aux USA, remontant le fil des personnes associées de près ou de loin à l’affaire Roswell.
Malheureusement, TF1 choisit l’angle sensationnaliste et montra la célèbre vidéo du ridicule mannequin en latex disséqué, ce qui décrédibilisa toutes les recherches effectuées par Nicolas.
Mais le jeune homme avait de la ressource et rebondit : après avoir écrit pour la revue Mystères, il cosigna de nombreux livres, Le livre des rêves publié chez Albin Michel, ou bien, aux éditions du Rocher, Les mécanismes de l’étrange qu’il m’avait offert… Maillard avait des soutiens, un réseau, et une incroyable énergie…
Je ne me rappelle plus trop de cette première rencontre qui de toute façon vira à la farce. J’étais accompagnée d’une copine qui gloussait sans cesse, et ma mère fit irruption, toutes griffes dehors, dans le café où nous étions, accusant presque notre pauvre journaliste de détournement de mineure. Ma mère a toujours été sensass pour me foutre la honte mais je l’adore quand même.
Ce dont je me rappelle, c’est la vision de ce grand échalas, tout de noir vêtu, m’attendant devant le cinéma L’espace Saint Michel (je me demande s’il existe encore) où il m’avait donné rendez-vous, près du métro Saint Michel.
Malgré tout le cirque qui caractérisa ce rendez-vous raté, nous restâmes en contact et il fut un grand soutien quand mon arrière grand-mère décéda, à mon domicile, au terme d’une longue agonie à laquelle j’assistais… Oui, je sais, je viens d’une famille assez barrée.
Il me guida dans un milieu qui reste à mes yeux étrange et fermé (mais peut-être parce que ses membres ont peur d’être tournés en ridicule), il continua de me transmettre son savoir – dans le domaine des parasciences – sans aucune tentative d’endoctrinement, tout en respectant ma position cartésienne. Je conserve dans des boîtes à souvenirs les numéros de la revue Lumières dans la Nuit (LDLN) à laquelle je m’abonnai, et une lettre manuscrite personnelle de Joel Mesnard, son rédac-chef et président de l’association du même nom à l’époque… Aujourd’hui, quand je passe devant le FLUNCH près de la station Beaubourg dans laquelle je m’engouffre pour prendre la ligne 11, je me souviens toujours des repas ufologiques qui y étaient organisés à la fin des années 1990.
Assez vite, je perdis (ou plutôt rompis) contact avec Nicolas Maillard. J’intégrais une classe préparatoire puis plus tard la fac, et je me consacrai alors « aux choses sérieuses » de la vie. Je développai un point de vue ultra-zététique, peu ouvert aux questions qui m’avaient pourtant passionnée à la sortie du lycée et qui, de toute façon, m’aurait valu d’être accusée de debunking si j’avais continué à fréquenter ce milieu.
Et puis, un jour, j’appris que Nicolas était mort. A 31 ans, d’un cancer fulgurant. Et je m’en voulais de ne pas avoir gardé contact. Bien que cela n’eut rien changé à ce qui lui était arrivé.
Je n’ai jamais pu lui dire merci et j’aimerais le lui dire par ces lignes. Il y a des personnes qui font partie de votre existence un court moment mais qui vous marquent à jamais.
Pour moi, Nicolas fut l’une de ces personnes. Pendant l’une de nos dernières conversations, au téléphone, il évoqua la synchronicité, un terme qui me fit sourire.
J’eus moins envie de sourire lorsque je me retrouvais en décembre 2011, assez stressée, dans le studio radio de RTL pour l’enregistrement de L’Heure du Crime aux côtés de Jacques Pradel avec qui Nicolas Maillard avait travaillé sur l’Odyssée de l’étrange.
Ce jour-là, je sus que la boucle était bouclée, ou plutôt que Nicolas me faisait un petit signe et m’encourageait.
Tout ce que j’avais fait jusqu’alors, ma rencontre avec lui, mes études à la Sorbonne, mes erreurs, mes doutes, ma thèse articulant savoirs scientifiques et savoirs rituels en pays navajo, tous les détours que j’avais pris (mon passage éclair par le centre Koyré côtoyant des chercheurs qui étudiaient les phénomènes spirites et qui y croyaient sans jamais l’avouer publiquement), mon mariage à Las Vegas à quelques kilomètres de la célèbre AREA 51, m’avait menée jusque dans ces studios radios.
C’est Nicolas, le premier, qui a cru en moi et qui m’a conseillée de continuer à écrire. Il m’a offert son temps, son attention, sans rien demander en retour. Il m’a prise au sérieux et respectée alors que je n’étais qu’une gamine qui passait le bac. Il n’a jamais cherché à faire de moi une disciple. C’était un être lumineux, enthousiasmant, d’une redoutable intelligence.
A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, en tout cas, je n’en possédais pas un. Je regrette de ne pas l’avoir photographié. Je publie donc la photo prise par Yves Bosson, fondateur de l’Agence Martienne.
Nicolas écrivait aussi des textes personnels, laissant libre cours à son imagination. Ils peuvent encore être lus sur son site personnel.
Nicolas Maillard, photographié par
© Yves Bosson / Agence Martienne
« I was driving doing nothing on the shores of Great Salt Lake
When they put it on the air, I put it in the hammer lane
I soon forgot myself and I forgot about the brake
I forgot about all laws and I forgot about the rain »
The Happening, Pixies, Bossanova, 1990.

